Séminaire interfacultaire 2016

Les mondes de demain : quelles alternatives pour notre avenir ?

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"Beaucoup de personnes témoignent de leur insatisfaction devant le monde tel qu’il va. Un autre monde est possible. Chacun connaît ce slogan, mais peut-on lui donner un contenu précis ?"
Catherine Samary

Cette citation traduit bien les volontés croissantes de rendre les activités de nos sociétés compatibles avec une existence durable de l’Homme sur la planète. Ce cycle de séminaires 2016 a pour ambition de faire le point sur les alternatives proposées, à une échelle globale ou locale, sur les différentes thématiques essentielles à la durabilité. Celles-ci doivent être développées conjointement dans différents domaines : consommation, énergie, économie, social, utilisation du territoire.

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Conférences en lignes

Les mouvements autour de la consommation responsable

Sophie Dubuisson-Quellier, directrice de recherche CNRS, directrice adjointe du Centre de sociologie des organisations à Paris

2 mars 2016

Consommation de produits issus de l’agriculture biologique ou du commerce équitable, abonnement à un panier de fruits et légumes, armoires solidaires, consommation collaborative… De très nombreuses formes de consommation alternatives se sont développées ces dix dernières années dans de nombreux pays. Leur particularité est de mettre en avant des objectifs qui tiennent moins à la satisfaction de besoins individuels qu’à la résolution de problèmes collectifs comme la protection de l’environnement par exemple ou le développement de solidarités économiques et sociales. D’où viennent ces formes de consommation responsables et que produisent-elles au sein de nos sociétés ?

La conférence propose de répondre à ces questions en montrant d’abord que celles-ci s’enracinent dans une longue tradition critique de la consommation, portée par des mouvements militants d’hier et d’aujourd’hui. La consommation responsable s’inscrit ainsi dans des démarches d’actions collectives et individuelles qui ne visent pas seulement à faire évoluer les pratiques des consommateurs eux-mêmes mais aussi à interpeller les pouvoirs publics, à redéfinir les normes de l’échange, à faire émerger de nouvelles valeurs. Mais la consommation responsable, en raison des relations ambiguës qu’elle entretient avec le monde marchand n’est pas sans avoir des effets induits, comme le greenwashing ou la création de nouvelles niches de marché, qui sans cesse relancent et déplacent la critique, alimentant autant la consommation alternative que le marché lui-même.

Bibliographie

  • Sophie Dubuisson-Quellier, 2009, La consommation engagée, Presses de Sciences Po.
     
  • Sophie Dubuisson-Quellier, 2009, La consommation comme pratique sociale, In Traité de sociologie économique, ed. Philippe Steiner and François Vatin, 727-776. Paris: PUF.

Conférence

Questions / Réponses

Transition écologique, transition énergétique, transition alimentaire. La permaculture, une innovation radicale dans la conception des systèmes agricoles et alimentaires

François Léger, directeur de l'UMR SAD-APT à AgroParisTech

9 mars 2016

En 1978, les Australiens Bill Mollisson et David Holmgren publient Permaculture 1. Leur démarche s'inscrit dans la critique alors très active du développement par la croissance et de ses conséquences environnementales. Elle prône une rupture radicale avec la modernité consumériste, passant par la mise en application de modes de vies alternatifs par des individus et des familles ancrées dans un lieu, faisant progressivement communauté en construisant un territoire. Permaculture 1 propose un cadre conceptuel et méthodologique pour penser de tels "lieux de vie", fondés sur la sobriété et l'autonomie, en particulier en matière d'alimentation, d'énergie et d'approvisionnement en eau. Ce cadre considère l'espace vécu comme un écosystème intégrant ses habitants humains, dont il s'agit de garantir la pérennité en jouant sur les dynamiques des interactions entre ses composantes.

La permaculture a eu une audience conséquente, bien au-delà de l'Australie. Elle est cependant souvent réduite à une technique de jardinage biologique, à une méthode de "paysagisme écologique" ou à un style de vie alternatif. L'objectif de cette conférence est de dépasser cette lecture réductrice et de considérer la permaculture à laquelle aspiraient ses fondateurs pour ce qu'elle est : une écologie politique pragmatique et holiste. Dans cette optique, nous nous appuierons sur l'examen des principes fondamentaux proposés par David Holmgren dans son ouvrage "Permaculture: Principles & Pathways Beyond Sustainability", paru en 2002 et traduit en français en 2014. Nous interrogerons ainsi l'apport de la permaculture à la construction de notre capacité à concevoir les socioécosystèmes qu'impose ce temps de l'anthropocène dont nous devons désormais assumer la réalité.

Bibliographie

Conférence

Questions / Réponses

Repenser l’argent pour un avenir durable : Quelle finance pour demain ?

Christian Arnsperger, professeur à l'Institut de géographie et durabilité, UNIL

16 mars 2016

Dans cette conférence, Christian Arnsperger abordera les liens entre durabilité et questions monétaires. Il s’attachera plus particulièrement à éclairer le rôle des paradigmes de réforme bancaire et monétaire dont on parle beaucoup actuellement: la création monétaire publique, les banques durables et les monnaies complémentaires. Il essaiera de montrer que l’avenir appartient au pluralisme: il ne s’agit pas d’opposer certaines réformes aux autres mais de composer un “paysage” de réformes qui se combineraient de façon optimale pour rendre notre système monétaire compatible avec les besoins d’une transition écologique.

Bibliographie

  • Christian Arnsperger, 2014, Bâtir une économie durable: L'urgence d'une mutation humaine, Revue des Cèdres 42: 52-58.
     
  • Christian Arnsperger, 2016, Changer la création monétaire pour tendre vers la durabilité, Interview avec Jacques Mirenowicz La Revue Durable 56 (janvier 2016): 11-15.

Conférence

Questions / Réponses

Métropole lémanique : le développement des territoires périphériques en question

Pierre-Yves Delcourt, expert en urbanisme, président de la Section romande de la Fédération suisse des urbanistes

23 mars 2016

La métropole autour du Lac Léman se densifie autour des principales polarités urbaines que sont Genève et Lausanne. Elle étend aussi son influence de plus en plus loin. Faut-il tenter de juguler cette tendance ou la soutenir dans la perspective du développement durable ?

Les autorités fédérales et cantonales encouragent le développement des espaces métropolitains autour de leur réseau urbain polycentrique. C’est pourquoi, le Canton de Vaud a limité les possibilités de croissance des communes en dehors des agglomérations et des centres. La métropolisation du territoire doit favoriser, selon le projet de territoire cantonal les villes bénéficiant des meilleures aménités : infrastructures, équipements, services, etc.

Depuis une quinzaine d’années, la métropolisation s’est complexifiée ici comme ailleurs. Les emplois, les habitants et les services se sont diffusés sur un territoire élargi. A tel point, qu’il a fallu améliorer l’offre de transport public pour assurer de meilleures relations entre les villes-centres, soit Genève et Lausanne, les centres suburbains tels que Cossonay et les centres périphériques tels que Payerne. A son tour, la croissance de ces centres secondaires (edge cities dans la terminologie anglosaxonne) stimule le développement de tout leur arrière-pays.

La dynamisation de territoires suburbains et périphériques est une évolution positive, surtout pour ceux qui souffraient d’une croissance atone. La Conférence invite les participants à s’interroger sur la durabilité de ce développement et sur la stratégie territoriale qui serait souhaitable de mettre en place pour accompagner ou juguler cette tendance.

Bibliographie

Conférence

Questions / Réponses

Une économie solidaire pour une transition écologique et sociale

Geneviève Azam, maître de conférences à l'Université de Toulouse, membre du conseil scientifique d'ATTAC

6 avril 2016

La catastrophe écologique en cours, manifestée notamment par le réchauffement climatique et la diminution rapide de la biodiversité, élargit la notion de solidarité. Cette dernière ne peut pas se limiter à une solidarité dans les relations entre les humains, elle inclut une solidarité dans les relations avec les autres espèces vivantes et avec la Terre. En d’autres termes, l’économie ne peut être pensée comme une sphère indépendante des écosystèmes, comme elle ne peut être pensée comme une sphère autonome vis-à-vis des sociétés. En reprenant l’expression de Karl Polanyi, l’économie est encastrée dans des relations sociales et dans l’écosphère. C’est précisément son désencastrement, sa prétention à constituer une sphère autonome et autoréférentielle dont la croissance pourrait être infinie, qui est à l’origine de l’effondrement social et écologique en cours.

L’économie solidaire est un des outils pour assurer ce réencastrement et une transition vers des sociétés fondées sur la coopération entre les humains et avec la nature, au lieu de la concurrence et de la guerre, pour sortir de l’économisme dominant. Pour ce faire, elle ne peut être cantonnée à un rôle complémentaire ou substitut par rapport à l’État ou au marché, à une sorte de tiers secteur. Elle peut être un laboratoire vivant d’expérimentation démocratique pour une transition vers des sociétés post-croissance, post-carbone, redonnant un sens au travail et à l’engagement citoyen. De nombreuses initiatives, dans différents secteurs et à l’échelle du monde, rendent concrètes ces possibilités et construisent les voies pour d’autres mondes.

Bibliographie

  • Geneviève Azam, 2003, "Économie Sociale, Tiers Secteur, Économie Solidaire : quelles frontières ?", Revue du MAUSS semestrielle n° 21.
     
  • Geneviève Azam, 2009, "Economie solidaire et reterritorialisation de l’économie", Revue PAMPA, Revista internationale de Estudios territoriales, Santa Fe, Argentine.
     
  • Geneviève Azam, 2010, Le temps du monde fini. Vers l’après-capitalisme, Les Liens qui Libèrent.
     
  • Geneviève Azam, 2015, Osons rester humain, les impasses de la toute-puissance, Les liens qui Libèrent.

Conférence

Questions / Réponses

Une esthétique du pire ou Quand les récits post-apocalyptiques nous invitent à nous réinventer

Marc Atallah, directeur de la Maison d'ailleurs, maître d'enseignement et de recherche en Faculté des lettres, UNIL

13 avril 2016

Dans le numéro 108 d’Horizons, un article intitulé « La fin du monde et ses vertus » proposait un argumentaire surprenant puisqu’il rappelait les avantages « pédagogiques » des blockbusters américains de science-fiction, en particulier post-apocalyptiques ; ces derniers sensibiliseraient « le grand public aux risques du changement climatique », selon l'anthropologue autrichienne Alexa Weik von Mossner. Ma contribution souhaite nuancer ce propos en réfléchissant aux fonctions anthropologiques de la fiction : ces récits, à mon sens, ne portent pas sur l’avenir ou sur une quelconque sensibilisation autre qu’éphémère aux questions climatiques. Ils permettent par contre de réfléchir à la symbolique anthropologique et métaphorique de la catastrophe : que représente fondamentalement la catastrophe fictionnelle ? N’est-elle que le « reflet » au premier degré des catastrophes qui nous attendent ou exprime-t-elle, ironiquement, autre chose ? Ce sont à ces questions que je souhaite me dédier afin de mettre en lumière ce qui, trop souvent, demeure voilé.

Bibliographie

  • Marc Atallah, 2015, « Science-fiction », in Dictionnaire de la pensée écologique, Dominique Bourg & Alain Papaux dir., Paris : PUF, Quadrige, pp. 922-925.
     
  • Marc Atallah, 2015, « Pique-nique au bord des récits post-apocalyptiques », in : Phénomène Stalker, Alexandra Kaourova et Eugène dir., Lausanne : L’Âge d’Homme, pp. 164-175.
     
  • Marc Atallah dir., 2013, Le Post-apocalyptique, Chambéry/Yverdon-les-Bains : ActuSF/Maison d’Ailleurs, Les Collections de la Maison d’Ailleurs.
     
  • Marc Atallah, 2012, « Une Route toute tracée… Quand la science-fiction se met à raconter les fins du monde », in : La Fin du monde. Analyses plurielles d’un motif religieux, scientifique et culturel, Ph. Bornet, C. Clivaz, N. Durisch Gauthier, Ph. Hertig & N. Meylan éds., Genève : Labor et Fides, pp. 199-211.
     
  • Marc Atallah, 2010, « Apocalypse, science-fiction et catastrophisme éclairé : et si la panne sèche de notre “agir” provenait d’un déficit du “croire” ? », in : En attendant la fin du monde : la structure littéraire de l’Apocalypse, revue Post-scriptum n° 12, article en ligne publié le 12 mars 2010.

Conférence

Questions / Réponses

Vers un monde sans hydrocarbures fossiles : Comment éviter le pire climatique et promouvoir la transition énergétique ?

Jacques Mirenowicz, rédacteur en chef de LaRevueDurable, codirecteur de l’association Artisans de la transition

4 mai 2016

Cette conférence voudrait donner un cadre en trois temps à la réflexion à mener pour réussir à sortir des hydrocarbures fossiles. Il s’agira en premier lieu de mettre le problème de la dépendance aux hydrocarbures et du changement climatique en perspective historique, de décrire très rapidement la logique socioéconomique à la base de cette dépendance et de dire pourquoi elle a été mise en place. Il s’agira ensuite de soutenir qu’une autre logique socioéconomique, qui permettrait de sortir des hydrocarbures fossiles et, plus largement, de tendre vers la soutenabilité est possible. Il s’agira enfin d’analyser pourquoi il est si difficile de se débarrasser de la logique en place, désormais plus destructrice que bienfaitrice, et de bifurquer vers une alternative soutenable – et ce qu’on peut tenter pour y parvenir le plus vite possible.

Bibliographie

  • Vivre heureux dans les limites écologique, LaRevueDurable n° 32, décembre 2009-janvier 2010, pp. 14-51.
     
  • Ecologie et morale : refonder le monde sur une vision plus juste de la nature humaine, LaRevueDurable n° 48, mars-avril-mai 2013, pp. 14-62.
     
  • L’énergie citoyenne est vitale pour la transition énergétique, LaRevueDurable n° 51, avril-mai-juin 2014, pp. 17-65.
     
  • Extraction minière : de l’excès à l’indispensable, LaRevueDurable n° 53, novembre-décembre 2014-janvier 2015, pp. 14-58.
     
  • Justice environnementale et climatique : au croisement du social et de l’écologie, LaRevueDurable n°5 4, août-septembre-octobre 2015, pp. 12-57.
     
  • Libérons-nous des énergies fossiles !, LaRevueDurable n° 55, mars-avril-mai 2015, pp. 16-53.
     
  • Se forger une conviction universelle sur le climat, LaRevueDurable n° 56, janvier-février-mars 2016, pp. 16-61.
     
  • Devenons tous artisans de la transition, LaRevueDurable n° 57, avril-mai-juin 2016, pp. 8-13.
     
  • Conversations intimes avec soi-même et le carbone, LaRevueDurable n° 57, avril-mai-juin 2016, pp. 59-67.
     
  • www.larevuedurable.com
     
  • www.artisansdelatransition.org
     
  • www.leclimatentrenosmains.org

Conférence

Questions / Réponses

La décroissance comme politique de l'Anthropocène

Agnès Sinaï, fondatrice de l'Institut Momentum, journaliste environnementale

11 mai 2016

L'histoire suggère qu'il est hautement improbable que les nations dotées d'une économie capitaliste puissent choisir volontairement de ne pas croître. Néanmoins, on peut s'adonner à un exercice d'étirement de l'imaginaire. Les propositions, les projets et les mesures politiques qui révèlent un imaginaire de la décroissance sont essentiellement non capitalistes : ils réduisent l'importance des institutions clés du capitalisme que sont la propriété, l'argent, l'accumulation du profit, en les remplaçant par des institutions empreintes de valeurs et de logiques différentes.

En particulier, il ne faudra pas confondre décroissance et austérité. La décroissance, elle, propose de ralentir la croissance du capital et de réaliser la dépense sociale. Il s'agit d'une dépense réellement collective (festin/ réparation de la nature/art/philosophie).  Toutes formes de dépenses improductives.

Maintenant il nous faut réfléchir aux institutions qui seront responsables de la socialisation de la dépense improductive. Dans la société de décroissance, la dépense est ramenée dans la sphère sociale tandis que l'individu se caractérise par sa sobriété.

Ainsi on peut imaginer qu'après la croissance vertigineuse de la Grande Accélération et des Soixante-dix Glorieuses (1950-2020), la descente matérielle du monde sera le deuxième versant de l’Anthropocène, cette "ère de l'Homme" caractérisée par les énergies fossiles et l'industrialisme.

La décroissance en tant que choix politique et éthique désignera alors l'ensemble des politiques de répartition juste de la rareté. Les modes d’allocation des ressources en diminution fonderont les clivages politiques de demain.

Si, durant les Trente Glorieuses, il s’est agi de redistribuer les fruits de la croissance par des politiques keynésiennes, dans une optique de consommation illimitée de matière et d’espace, dans la seconde partie de l'Anthropocène, il s’agira de refonder les politiques à l’intérieur des limites écologiques.

Bibliographie

  • Agnès Sinaï dir., 2013, Penser la décroissance. Politiques de l’Anthropocène, Paris, Presses de Sciences Po.
     
  • Agnès Sinaï dir., 2015, Economie de l'après croissance. Politiques de l'Anthropocène II, Paris, Presses de Sciences Po.
     
  • Hugo Carton, Pablo Servigne, Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, 2015, Petit traité de résilience locale, Charles Léopold Mayer.
     
  • Giacomo d'Alisa, Federico Demaria, Giorgos Kallis dir., 2015, Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère, Le Passager clandestin.

Conférence

Questions / Réponses

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