Camille Angelo-Aglione, secrétaire romand des EMS à CURAVIVA Suisse et chef de projet aux associations cantonales vaudoises des EMS

Quelles formations avez-vous suivies?

J’ai obtenu un diplôme de culture générale avec une orientation «paramédicale». Puis j’ai poursuivi avec 2 ans de gymnase en voie «maturité fédérale». Ce titre m’a permis d’intégrer le cursus en sciences sociales avec une mineure en psychologie. Enfin, j’ai opté pour le Master en politique et management publics avec spécialisation en «pilotage de l’action publique» à l’UNIGE et l’UNIL.

Quels éléments de votre cheminement ont été déterminants et pertinents pour accéder à votre secteur d'activité?

Ma mère, qui a travaillé les 25 dernières années de sa vie professionnelle dans un Centre de traitement et de réadaptation, avec une patientèle gériatrique et le rôle de coordonner les «projets de sortie».

Mon expérience associative au sein d’Ados Job, qui n’était à la base qu’une idée et qui est devenue une association qui regroupe 75'000 utilisateurs, un comité composé d’une dizaine de bénévoles et un secrétaire général employé à 50%.

Mes innombrables petits jobs effectués pendant mes études et qui m’ont permis de tester mes compétences, mes envies et mes limites. Ces expériences prises séparément semblent anodines, mais je pense qu’au final elles jouent sans doute aussi important que ma formation académique dans mon positionnement professionnel et ma manière de travailler.

Comment avez-vous trouvé votre premier emploi ?

Le tout premier? J’ai été barman pendant l’été dans un restaurant de montagne dans lequel j’étais allé fêter mes 14 ans quelques mois auparavant. Ça a été l’une des expériences les plus riches mais aussi les plus épuisantes de ma vie. Ma mère ayant des ressources financières limitées et moi-même ne bénéficiant pas d’une bourse, j’ai très rapidement dû travailler pour assumer une partie de mes dépenses. Dès lors, j’ai de la peine à considérer les différents «petits jobs» que j’ai fait comme de simples activités. C’étaient de vrais métiers et je m’y investissais autant (parfois plus) que dans mes études. Cela étant, le premier travail que j’ai trouvé une fois mon master en poche, je l’ai trouvé tout simplement en consultant les postes ouverts sur le site de l’Etat de Vaud.

Quelle est votre fonction actuelle?

Depuis le début de cette année, je travaille pour deux employeurs différents, avec deux mandats à 50% :

  • Pour la faîtière nationale des homes et institutions sociales (CURAVIVA Suisse), je suis le secrétaire romand des EMS. Je suis en quelque sorte la courroie de transmission entre les institutions romandes (regroupées en associations cantonales) et la grosse machine fédérale. Adjoint du responsable de domaine, je suis également le représentant de l’association en Suisse romande (auprès des médias ou des délégations étrangères en visite par exemple).
  • Pour les associations cantonales vaudoises d’EMS, je suis chef de projet pour un projet pilote mené par le Service de la santé publique du Canton de Vaud. Ici aussi, j’ai essentiellement un rôle de courroie, mais avec un investissement plus opérationnel. Je veille aux aspects stratégiques, mais je suis également en charge de rédiger les conventions de collaboration, établir et suivre les budgets, organiser les formations, etc.

Pouvez-vous présenter votre pratique professionnelle et donner quelques conseils sur votre secteur?

Ma pratique professionnelle se retrouve dans de nombreux secteurs parapublics. Sans être un fonctionnaire (j’ai essayé la fonction publique mais son fonctionnement ne me convenait pas), je dois cependant comprendre le fonctionnement de l’Etat et pouvoir communiquer avec ses acteurs. Les organisations qui m’emploient étant des associations, je dois également tenir compte du fonctionnement très particulier de ces organismes, très participatif et pas forcément linéaire. Heureusement, j’ai une longue expérience dans ce domaine.

Le secteur social ensuite, en particulier celui des personnes âgées, qui est mon cœur de métier, est un domaine excessivement intéressant car ultra dynamique. Les pressions sont gigantesques, les défis à surmonter à la mesure de ces pressions, mais ce qui est réjouissant c’est que les innovations et le dynamisme sont légion. C’est un secteur très agile, en mouvement perpétuel et où le sens donné à son engagement est facilement lisible. Lorsque j’ai un petit coup de mou, il suffit d’une visite d’EMS et d’échanger avec les professionnels qui y travaillent, les personnes âgées qui y vivent et leurs proches, pour à nouveau avoir la «niaque» comme on dit.

Quelles sont les caractéristiques de votre secteur en regard de votre pratique: particularités, difficultés, avantages et inconvénients?

Les particularités, je l’ai évoqué, c’est ce rôle d’intermédiaire et la complexité de l’organisation associative. Les organismes qui m’emploient reçoivent des subventions et des cotisations. Contrairement à une entreprise, leur viabilité économique ne dépend donc pas de la vente de produits. On ne peut donc pas se «contenter» de produire un bon résultat, qui serait par exemple de faire reconnaître par les assureurs maladie certaines prestations sociales (c’est un exemple fictif), mais il faut pour commencer rechercher l’accord des membres sur l’objectif, puis la stratégie et tout au long de son déploiement (qui peut prendre plusieurs années) continuellement informer sur les actions. Le risque existe toujours que des décisions soient révoquées ou remodelées de telle sorte que le projet, qui n’a pas encore abouti, doive être entièrement repensé. Dans ces situations, il faut faire preuve d’humilité et accepter de se remettre au travail en changeant les règles du jeu et en conservant sa motivation.

L'avantage c’est que ces organisations laissent une grande marge d’autonomie. Le modèle associatif fixe les grandes lignes, mais contrairement à l’entreprise, où chaque opérateur est encadré par un manager, l’associatif a tendance à adopter une hiérarchie matricielle (ce n’est pas vrai dans toutes les associations et cela dépend de quantité de facteurs dont la taille, mais c’est le cas dans les deux associations qui m’emploient). Ce type d’organisation offre l’avantage de pouvoir être une sorte d’entrepreneur indépendant salarié. C’est extrêmement enrichissant, mais cela ne convient pas à tout le monde et une solide expérience professionnelle (je reviens à ces nombreux «petits jobs») préalable permet de s’éviter le burnout.

Quelles sont les possibilités de travail pour jeunes diplômés?

Les jeunes diplômés d’un master ont l’habitude de traiter des problèmes complexes, de rechercher par eux-mêmes les moyens de les conceptualiser et d'offrir des options de traitement. C’est une force dans des domaines (santé-social) où il y a de très nombreuses questions, des défis immenses et des réponses à inventer.

Les diplômés de l’Institut des hautes études en administration publique (IDHEAP) ont une plus-value notable dans le sens d’une habitude à traiter de problèmes «publics». Ils savent intégrer les facteurs politiques, économiques et organisationnels au traitement des problèmes. C’est une sensibilité qui fait que leur profil peut être préféré pour un poste de chargé de missions ou de chef de projet, qui sont en général les opportunités les plus nombreuses pour un jeune titulaire d'un master.

Quels profils recherche-t-on (qualités, compétences etc.)?

Des gens autonomes et efficaces. Si le travail s’effectue au sein de l’administration publique j’ajouterais: obéissants également.

Quels conseils donner à des jeunes diplômés désirant travailler dans votre fonction et secteur?

Le plus efficace consiste à rechercher un temps partiel dans le secteur pendant la fin des études. Le volume d’études que représente un master à l’IDHEAP permet d’assumer ce type d’activité et cela évitera de devoir passer par la case «stage» au sortir des études. Toutefois, si cela n’est pas possible et de manière générale, les premières expériences peuvent aisément être réalisées grâce aux très nombreux CDD qu’offre le secteur.

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