Lionel Grossrieder, co-responsable du CICOP et analyste criminel à la Police cantonale vaudoise, chargé de cours en criminologie

Parcours | Rôle au CICOP | Caractéristiques du secteur | Opportunités pour les jeunes diplômé·e·s | Conseils pour s'insérer | Recrutement dans le secteur
 

Parcours

J’ai commencé par des études en informatique – le temps d’un semestre. Mais j’ai réalisé que j’avais besoin d’étudier davantage l’humain, et j’ai décidé de garder mon intérêt pour l’informatique sous forme de hobby. Je me suis tourné vers la psychologie: j’ai obtenu un bachelor à l’Université de Genève. Pour le master, j’hésitais entre l’éthologie et la criminologie – des études du comportement dans les 2 cas. La criminologie offrant plus de débouchés, le pragmatisme a parlé. J’ai donc poursuivi mon cursus à l’Université de Lausanne, à l’Ecole des sciences criminelles (ESC). Pendant mes études, j’ai toujours eu un penchant pour la recherche. A la fin du master, un professeur m’a informé d’une opportunité de thèse financée par le FNS, en science forensique. Même si j’allais devoir apprendre beaucoup en parallèle pour embrasser cette discipline voisine, j’ai immédiatement accepté.

Il s’agissait d’un projet de recherche interdisciplinaire avec l’institut du management de l’information de l’Université de Neuchâtel. Le thème était l’intégration de techniques de data mining dans l’analyse de la criminalité. Le projet m’a amené à collaborer avec la Police cantonale vaudoise. L’objectif était de déterminer comment des méthodes informatiques pouvaient aider à traiter un grand volume de données, notamment pour détecter des anomalies ou des répétitions dans les tendances des activités criminelles. A cette occasion, j’ai développé une méthodologie qui remplit ces objectifs en intégrant des outils informatiques relativement simples.

Parallèlement au travail de recherche, j’ai eu l’occasion d’avoir d’autres mandats de recherche appliquée pour la Police, et de travailler pour la formation continue de l’Ecole de sciences criminelles (ESC). Ces activités ont évidemment élargi mon réseau; elles ont aussi fait émerger de nouveaux projets de collaboration entre les deux institutions.

En 2016, j’ai participé au concours Ma thèse en 180 secondes. Et finalement en 2017, j’ai obtenu ma thèse de doctorat.

Ensuite, l’histoire se répète: une nouvelle opportunité s’offre à moi. La Police a souhaité implémenter le système testé dans le cadre ma thèse, sous forme de mandat de cinq mois à l’ESC. C’est une étape extrêmement gratifiante de voir que le fruit de sa recherche est utile et apprécié par les milieux professionnels!

Durant ce mandat, un budget est débloqué pour créer un poste d’analyste criminel au sein du CICOP (Concept Intercantonal de Coordination Opérationnelle et Préventive) – que j’obtiens en étant déjà connu de l’employeur.

Rôle au CICOP

Engagé à 70%, je suis co-responsable de la direction du centre. Je m’occupe de la coordination entre les différentes polices cantonales membres de ce réseau, j’administre notre plateforme d’information partagée, je participe activement au renseignement et analyse de la criminalité sérielle, au développement informatique, aux processus d’échange d’information,  et à la diffusion de produits élaborés sur divers logiciels (ce qui implique de traduire des résultats d’analyse en langage opérationnel).

A vrai dire mon poste est très polyvalent. Plusieurs compétences transverses sont indispensables pour l’exercer: le sens de l’organisation, l’esprit d’équipe, la capacité à garder une vue d’ensemble, des compétences informatiques – entre autres!

Cette année, j’assure en outre un remplacement pour enseigner au niveau du Master en criminologie. J’apprécie particulièrement la fertilisation mutuelle entre les milieux praticiens et l’enseignement. Ce sera très complémentaire et je m’en réjouis.

Caractéristiques du secteur

Je pense que l’une des caractéristiques est que nous ne sommes pas des spécialistes techniques, contrairement à d’autres domaines en science forensique. Notre rôle est de faire le lien entre ces spécialistes, les coordonner, sans forcément connaître dans le détail chacune des spécialités. Par conséquent, il peut en résulter une difficulté à trouver son identité professionnelle, à se faire reconnaître de prime abord. Il faut parfois davantage se battre.

Un autre aspect spécifique est la flexibilité. Je veux dire par là la nécessité de jongler entre différents niveaux d’analyse et différentes tâches.

Mon poste est varié, ne comprend pas beaucoup de routine, mes activités ont un impact sur le terrain – tout ceci me motive énormément.

Opportunités pour les jeunes diplômé·e·s

L’analyse et le renseignement criminel se développent beaucoup, des postes dans les polices cantonales s’ouvrent régulièrement, notamment dans le domaine de la lutte contre la délinquance en ligne. La formation en criminologie et sécurité couvre d’autres aspects de cette spécialité que le Master en science forensique, orientation investigation et identification numériques. Nous allons davantage analyser les comportements et mécanismes sociaux, et élaborer des stratégies à long terme.

Conseils pour s'insérer

Il faut valoriser les compétences transverses développées, postuler dans divers secteurs, sortir de sa zone de confort, ne pas avoir peur de « se mouiller ». Montrer également que l’on est capable de s’adapter, à différents terrains et méthodologies.

Les mandats, stages, expériences pratiques réalisées en parallèle des études sont appréciés. Ils permettent de s’imprégner des côtés opérationnels des fonctions, et d'élargir son réseau. Le mémoire peut aussi se transformer en opportunité en réalisant une recherche de terrain. Par ailleurs, la Police engage régulièrement des stagiaires après l’obtention du Master.

Les compétences linguistiques sont très importantes: l’anglais (assez à jour en général avec les lectures académiques), et l’allemand pour pouvoir communiquer avec les polices en Suisse allemande (pas besoin qu’il soit parfaitement maîtrisé!).

Recrutement dans le secteur

Tout d’abord, l’ESC est un relais efficace pour prendre connaissance des offres spécifiques à notre domaine. Ensuite, on postule de façon classique, et les candidats qui ont laissé une bonne impression durant un stage par exemple, augmentent leur visibilité et leurs chances.

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